Passer à 80 % : ce que tu perds vraiment (temps partiel)
Temps partiel à 80 % : après impôt tu perds 17 %, pas 20 %. Sans surcotisation, la retraite perd 5 à 8 %, et la journée libérée efface des dépenses
L'essentiel

Sommaire et méthode
Dans cet article
Tout le monde autour de toi fait le même calcul de coin de table sur le temps partiel à 80 % : moins un jour, moins 20 % de salaire. Ce chiffre est faux dans les deux sens. Sur une fiche de paie à 2 500 € brut, la baisse réelle après impôt est de 17 %, pas de 20 %. Sur ta retraite, en revanche, dix ans à 80 % coûtent entre 5 et 8 % de pension à vie si tu ne fais pas signer une ligne précise dans l’avenant. Ni le service RH, ni la banque ne te donneront le calcul complet. Aucun des deux n’y gagne rien.
80 % de temps ne fait pas 80 % de salaire net : le calcul après impôt
Un temps partiel à 80 % retire 20 % de ton brut, donc 20 % de ton net. Les cotisations salariales sont proportionnelles : autour de 22 % du brut pour un salarié du privé hors cadre, d’après les taux Urssaf au 1er janvier 2026. La règle des 20 % casse ensuite, à l’étape que personne ne regarde : l’impôt sur le revenu.
Le barème progressif absorbe une partie de la baisse
Le barème 2026 sur les revenus 2025 est progressif : 0 % jusqu’à 11 600 € par part, 11 % jusqu’à 29 579 €, 30 % jusqu’à 84 577 €. Les 20 % de salaire que tu abandonnes sont donc tes euros les plus taxés, ceux du haut. Ils partent avec leur impôt. Sous 1 982 € d’impôt brut, la décote accélère encore la baisse : elle vaut 897 € moins 45,25 % de l’impôt brut. Voici le calcul pour une personne seule, une part. Le net imposable est pris égal au net à payer plus la CSG non déductible.
Deux fiches de paie, le passage à 80 %, la perte réelle
| Sur la fiche de paie | 2 500 € brut | 4 000 € brut |
|---|---|---|
| Net mensuel à temps plein | 1 950 € | 3 120 € |
| Perte de net à 80 % | 390 € | 624 € |
| Impôt annuel, temps plein puis 80 % | 737 € puis 40 € | 3 582 € puis 1 714 € |
| Baisse d’impôt ramenée au mois | 58 € | 156 € |
| Perte réelle par mois | 332 € | 468 € |
| Perte réelle, en % du net après impôt | 17,6 % | 16,6 % |
À 2 500 € brut, le passage à 80 % efface presque ton impôt sur le revenu. À 4 000 € brut, il te sort de la tranche à 30 %. Dans les deux cas, ta rémunération après impôt baisse donc d’un sixième, pas d’un cinquième. Un couple ou des enfants déplacent les seuils. Sous un certain salaire, la prime d’activité comble de plus une partie du trou. Refais par conséquent le calcul avec tes parts, pas avec celles du tableau.
Une exception mérite d’être connue : dans la fonction publique, un agent à 80 % est payé 6/7e de son traitement, soit environ 85 %. Le salarié du privé, lui, est payé 80 % pour 28 heures sur une base de 35 heures. Il n’a pas ce coup de pouce. C’est pour ça que le calcul après impôt compte autant.
La retraite, le vrai coût caché, et la surcotisation sur base temps plein
Ta retraite ne perd pas de trimestres. En 2026, un trimestre se valide avec 1 803 € de salaire brut, quatre avec 7 212 € dans l’année, d’après la circulaire Cnav 2025-33. Un 80 % au SMIC passe ce seuil près de deux fois et demie. Le trou est ailleurs, dans le montant. Il se creuse en silence, sur deux étages.
Dix ans à 80 %, ce que ça retire à la pension
Le régime de base retient tes 25 meilleures années. Si dix ans à 80 % en font partie, ce salaire moyen baisse de 8 %, et ta pension de base avec. La retraite complémentaire Agirc-Arrco convertit ensuite chaque euro cotisé en points : dix ans à 80 % sur une carrière de 43 ans, c’est 4,7 % de points en moins. Sur une pension de 1 500 € par mois, l’ordre de grandeur va de 75 à 120 € par mois. Autrement dit, 18 000 à 29 000 € sur vingt ans de retraite, à titre d’illustration et hors revalorisations. Le simulateur officiel de retraite ne te le montrera pas : il projette tes revenus actuels jusqu’au départ.
La surcotisation sur base temps plein, à signer dans l’avenant
La parade existe et presque personne ne la demande. L’article L241-3-1 du code de la sécurité sociale autorise à maintenir l’assiette des cotisations vieillesse au niveau du salaire à temps plein. Son décret d’application, l’article R241-0-3, pose trois conditions. L’accord est écrit, daté et signé par l’employeur et par toi. Il est inscrit dans le contrat ou dans un avenant. Il s’applique d’abord au régime de base, avant de pouvoir s’étendre à l’Agirc-Arrco. Le coût se lit dans les taux 2026 : 7,30 % de vieillesse plus 4,01 % de complémentaire pour toi, 10,66 % plus 6,01 % pour l’employeur. Appliqués aux 500 € de brut manquants d’un 2 500 €, ça fait 57 € par mois de ta poche et 83 € de la sienne. L’employeur peut refuser. Il peut aussi prendre ta part à sa charge, sans qu’elle compte comme un salaire. Demande-la surtout dans le même avenant que le 80 %. Après signature, tu n’as plus de levier : aucun rachat ne corrige après coup un salaire moyen ou des points trop bas, et racheter des trimestres ne joue que sur la durée d’assurance.
Le jour libéré rapporte : les dépenses qui disparaissent
Une semaine de quatre jours, ce sont 47 journées rendues par an, une fois les cinq semaines de congés retirées. Chacune efface des dépenses que tu payais pour pouvoir aller travailler. Personne ne les met en face de la perte de salaire. Le tableau pose des hypothèses à remplacer par tes propres chiffres.
| Poste | Hypothèse | Par an |
|---|---|---|
| Trajet domicile-travail | 30 km aller-retour, barème kilométrique 5 CV à 0,636 € | 897 € |
| Déjeuner | 9 € d’écart entre le repas dehors et celui de la maison | 423 € |
| Garde d’un enfant | 30 € la journée après aides | 1 410 € |
| Achats de compensation | 40 € par mois de livraisons, pressing, ménage | 480 € |
Sans enfant à garder, la journée efface 1 800 € par an. Avec un enfant, elle en efface 3 210 €. Le profil à 2 500 € brut perd 3 984 € par an. Son 80 % coûte donc 182 € par mois dans le premier cas, et 65 € dans le second. Le poste qui bascule tout est la garde. C’est lui qui rend un 80 % parental presque neutre, alors qu’un 80 % sans enfant reste un achat. C’est un achat de temps, et il se compare comme n’importe quel autre en heures de vie plutôt qu’en euros.
Ce que l’employeur peut refuser, et ce qu’il doit motiver
Commence par ta convention collective : si elle organise le travail à temps partiel, c’est sa procédure et ses délais qui s’appliquent. Sans accord collectif, le code du travail prend le relais. L’article L3123-26 ne laisse à l’employeur que deux motifs de refus. Le premier est l’absence d’emploi disponible dans ta catégorie professionnelle, ou d’emploi équivalent. Le second est la démonstration que le changement aurait des conséquences préjudiciables à la bonne marche de l’entreprise. Un refus sans motif, ou motivé par une préférence, ne tient donc pas.
La procédure est fixée par l’article D3123-3. Tu envoies une lettre recommandée avec avis de réception, six mois au moins avant la date souhaitée, avec la durée voulue et la date d’effet. L’employeur répond ensuite par la même voie, dans les trois mois. Après une naissance ou une adoption, le rapport de force s’inverse. Les articles L1225-47 et L1225-48 donnent à tout salarié d’un an d’ancienneté le droit de réduire son temps de travail jusqu’aux trois ans de l’enfant, sans descendre sous seize heures par semaine. Là, l’employeur ne choisit pas.
L’avenant au contrat de travail fixe la durée de travail et la répartition des jours travaillés. C’est là que se joue la vraie négociation : une journée fixe et écrite, plutôt que quatre jours de sept heures qui débordent en cinq. Un salarié à temps partiel ne fait pas d’heures supplémentaires : chaque heure au-delà de ses 28 heures est une heure complémentaire, majorée d’au moins 10 %. Un 80 % payé 80 % mais travaillé 90 % est le scénario à écrire noir sur blanc pour l’éviter.
Une fois l’avenant signé, la question suivante est la date à laquelle tu pourras te passer de la paie entière. J’ai réuni la méthode complète dans un manuel.
Le seuil de dépenses où le 80 % devient neutre pour toi
Le raisonnement que j’applique à toute décision d’argent vaut pour celle-ci : les dépenses d’abord, le taux d’épargne ensuite, la décision en dernier. Divise ta perte réelle annuelle par 47. Tu obtiens le prix de ta journée : 85 € à 2 500 € brut, 119 € à 4 000 € brut. Si les dépenses que la journée efface dépassent ce prix, ton taux d’épargne ne bouge pas et travailler à 80 % est gratuit. Si elles restent en dessous, l’écart est le prix mensuel de ton temps.
C’est exactement la mécanique d’un frugaliste : réduire ce qui sort avant de chercher ce qui rentre. La définition du frugalisme tient dans cet ordre des opérations. Travailler à temps partiel réduit aussi ta dépendance à un seul employeur, sans démission. La journée libérée est d’ailleurs un créneau net pour construire un complément de revenu. Ce n’est pas vivre sans travailler, qui suppose que ton budget tienne sans aucune paie. C’est une marche intermédiaire, réversible, et chiffrée.
Action à réaliser
- Prends ta dernière fiche de paie et ton dernier avis d’imposition. Recalcule ton impôt avec un revenu imposable à 80 % sur le barème 2026, puis soustrais la baisse d’impôt mensuelle de ta perte de net.
- Divise le résultat annuel par 47. C’est le prix de ta journée. Liste en face ce qu’elle efface : trajet, déjeuner, garde, achats de fatigue.
- Écris deux lignes dans ta demande d’avenant. La première fixe la répartition de tes jours. La seconde demande la surcotisation vieillesse sur base temps plein, au titre de l’article L241-3-1 du code de la sécurité sociale. Elle pose aussi la question de sa prise en charge par l’employeur.
Copie ce prompt dans ton outil d’IA :
FAQ : temps partiel à 80 %
Combien de salaire perds-tu en passant à 80 % ?
Le net baisse de 20 %, mais l’impôt sur le revenu baisse plus vite que le salaire parce que le barème est progressif. Pour une personne seule à 2 500 € brut, la perte réelle après impôt est de 332 € par mois, soit 17,6 % du net après impôt, et non 20 %. À 4 000 € brut, elle tombe à 16,6 %. Le calcul dépend de ta situation familiale, à refaire sur ta propre fiche de paie.
Un temps partiel à 80 % fait-il perdre des trimestres de retraite ?
Non, il n’en fait perdre aucun. En 2026, un trimestre se valide avec 1 803 € de salaire brut, quatre avec 7 212 € dans l’année. Un 80 % au SMIC dépasse ce seuil. Ce que tu perds, c’est le montant : le salaire retenu dans tes 25 meilleures années et les points Agirc-Arrco baissent de 20 % pour chaque année à 80 %.
Quel temps de travail pour un 80 % ?
Sur une base de 35 heures par semaine, un 80 % correspond à 28 heures, en général quatre jours de sept heures ou cinq journées raccourcies. C’est un travail à temps partiel au sens du code du travail, au-dessus du plancher de 24 heures par semaine prévu pour ces contrats. L’avenant doit écrire la répartition des jours.
Mon employeur peut-il refuser mon passage à 80 % ?
Oui, mais il ne le fait pas librement. Sans accord collectif, l’article L3123-26 du code du travail ne lui laisse que deux motifs. Le premier est l’absence d’emploi disponible dans ta catégorie ou d’emploi équivalent. Le second est la preuve que le changement nuirait à la bonne marche de l’entreprise. Après une naissance, le temps partiel parental s’impose à lui jusqu’aux trois ans de l’enfant.
Qu'est-ce que la surcotisation sur base temps plein ?
C’est l’option de l’article L241-3-1 du code de la sécurité sociale : tes cotisations vieillesse sont calculées sur le salaire d’un temps plein alors que tu es payé à 80 %. Elle demande un accord écrit, daté et signé par l’employeur et le salarié, dans le contrat ou un avenant, et peut s’étendre à la retraite complémentaire. L’employeur peut prendre à sa charge ta part de cotisation.
Avertissement : cet article a une vocation informative et pédagogique. Il ne constitue ni un conseil juridique, ni un conseil fiscal, ni une recommandation personnalisée. Les montants d'impôt et de pension sont des ordres de grandeur calculés sur des profils types (personne seule, une part fiscale, cotisations salariales estimées à 22 % du brut) : ton résultat dépend de ta situation familiale, de ta convention collective et de ta carrière. Barème, taux de cotisations et seuils changent à chaque loi de finances ou de financement de la sécurité sociale : vérifie chaque chiffre sur les sources officielles citées et rapproche-toi d'un professionnel pour ta situation. Statut réglementaire complet de l'éditeur : voir le pied de page de ce site.