TAEA : le taux qui chiffre ton assurance de prêt
TAEA : le taux annuel effectif de l'assurance chiffre ton assurance de prêt. Où le lire, comment il se calcule, ce que vaut un dixième de point
L'essentiel

Sommaire et méthode
Dans cet article
Sur un prêt de 250 000 euros remboursé en vingt-cinq ans, un dixième de point de TAEA vaut 3 845 euros. Ce taux est écrit sur la fiche que ta banque te remet, juste à côté du taux d’intérêt que tu as regardé. Personne ne te le lit à voix haute.
Le TAEA est le taux annuel effectif de l’assurance. Autrement dit, il chiffre ce que te coûte l’assurance de ton prêt immobilier. C’est ainsi le deuxième poste de ton crédit, et il ne s’affiche pas au même endroit que le premier.
Deux contrats qui te coûtent la même somme au centime près affichent pourtant deux TAEA différents. Cette anomalie a une explication mécanique, et elle décide de ce que tu signes.
TAEA : ce que ce taux mesure exactement
Le TAEA exprime le coût de ton assurance de prêt en pourcentage annuel. Il mesure la part de l’assurance dans le coût total de ton crédit. Ce pourcentage est rapporté au montant emprunté, jamais au montant de la cotisation.
Cette précision change la lecture. Un TAEA de 0,50 % ne signifie pas que ton assurance coûte 0,50 % de sa propre prime. Il signifie que l’assurance alourdit ton crédit comme le ferait un demi-point de taux d’intérêt supplémentaire.
L’article L313-8 du code de la consommation impose ce format. Le coût de l’assurance s’exprime en taux annuel effectif de l’assurance, à l’exclusion de tout autre taux. Le but est explicite : te permettre de comparer ce taux avec le taux annuel effectif global du crédit.
Le même article impose ensuite deux montants supplémentaires. Le prêteur doit afficher le montant total en euros dû au titre de l’assurance. Deux horizons sont exigés : huit ans, puis la durée totale du prêt. Il doit aussi donner le montant par période de paiement. Enfin, il précise si cette somme s’ajoute ou non à l’échéance du crédit.
Le calcul du TAEA, une soustraction entre deux TAEG
La formule tient en une ligne. L’article R314-12 du code de la consommation définit ce taux comme la différence entre deux TAEG. Le premier suppose l’assurance intégralement exigée par le prêteur, le second suppose qu’aucune assurance n’est exigée.
Le texte précise aussi la méthode employée. Elle est identique à celle du TAEG, à savoir l’actualisation des flux ou la capitalisation du taux périodique. Ce détail a un effet direct sur le résultat : deux contrats au même coût total ne donnent pas le même chiffre.
Ces règles viennent du décret n° 2014-1190 du 15 octobre 2014, applicable depuis le 1er janvier 2015. Le décret n° 2016-884 du 29 juin 2016 les a ensuite renumérotées à droit constant, aux articles R314-11 à R314-14.
Le prêt qui sert d’exemple dans tous les calculs
Tous les chiffres qui suivent viennent du même prêt. Les hypothèses sont posées d’abord, pour que tu puisses refaire l’opération. Le capital emprunté vaut 250 000 euros, sur 300 mensualités, à 3,20 % de taux nominal annuel. Aucun frais de dossier ni de garantie n’entre dans le calcul, car il s’agit d’isoler l’effet de l’assurance seule. La cotisation est enfin payée en plus de l’échéance de crédit.
La mensualité hors assurance ressort ainsi à 1 211,70 euros par mois. Le TAEG sans aucune assurance vaut alors 3,2474 %.
Prends maintenant une assurance à 70,83 euros par mois. Le TAEG passe alors à 3,7938 %. La soustraction donne donc 0,5464 point, arrondi à 0,55 %. En pratique, tu peux refaire cette vérification sur ton dossier dès que tu tiens les deux TAEG.
Où ce taux est écrit sur tes documents de prêt
Le premier document à ouvrir est la fiche standardisée d’information. Les banques l’abrègent en FSI. L’article L313-10 du code de la consommation impose sa remise dès la première simulation. Elle est due à qui se voit proposer une assurance de prêt, comme d’ailleurs à qui en sollicite une.
Le périmètre est celui des prêts immobiliers du 1° de l’article L313-1 : acquisition, construction, achat d’un terrain à bâtir. Aucune condition de montant ne s’y applique toutefois. Pour un prêt travaux en revanche, la fiche n’est due qu’au-delà de 75 000 euros, et si le crédit est garanti par une hypothèque ou une sûreté comparable. Son format et son contenu sont fixés par l’arrêté du 29 avril 2015, modifié par l’arrêté du 14 juin 2017, puis en dernier lieu par l’arrêté du 27 mai 2022.
Cette fiche porte le taux, la liste des garanties et le coût. Elle mentionne aussi ton droit de souscrire l’assurance auprès de l’assureur de ton choix. C’est le point de départ de toute négociation.
L’obligation ne s’arrête pas à ce document. Car l’article L313-8 vise tout document remis avant l’offre de prêt qui comporte un chiffre sur l’assurance proposée par le prêteur. Une simulation imprimée en agence, un tableau de cotisations envoyé par mail : chacun doit donc porter le taux. Pour une délégation externe, c’est la fiche standardisée qui porte l’obligation. Le courtier la remplit alors au même titre que la banque, car l’arrêté de 2015 la met à la charge du distributeur.
Ce que la banque doit te remettre en même temps
Le dernier alinéa de l’article L313-8 te donne un levier concret. Dès qu’un document chiffré t’est remis, la fiche standardisée et la notice d’assurance doivent l’être en même temps. Réclame-les donc dans le même mouvement.
Dans l’offre de prêt elle-même, l’article L313-25 impose que les assurances exigées soient listées avec une évaluation de leur coût. L’article R314-4 range d’ailleurs les coûts d’assurance obligatoires dans le TAEG. La condition est qu’ils soient nécessaires pour obtenir le crédit, ou pour l’obtenir aux conditions annoncées.
La confusion avec le TAEG, celle qui coûte cher
Les taux inscrits sur ton offre ne s’additionnent pas. La confusion la plus répandue consiste pourtant à le faire. Le résultat est faux, car il gonfle artificiellement le coût de ton crédit.
Il en est au contraire une part, extraite par soustraction. Sur le prêt d’exemple, le TAEG de 3,7938 % se décompose donc en 3,2474 % pour le crédit et 0,5464 point pour l’assurance.
| Élément | TAEG | TAEA |
|---|---|---|
| Intérêts du crédit | Inclus | Non |
| Frais de dossier et de garantie | Inclus | Non |
| Assurance emprunteur exigée | Incluse | Seul élément mesuré |
| Base de calcul | Montant emprunté | Montant emprunté |
| Rôle | Coût total du crédit | Part due à l’assurance |
Retiens la lecture correcte. Le TAEA se lit à l’intérieur du TAEG, jamais en plus de lui.
Ce qu’un dixième de point coûte en euros
Sur le même prêt de 250 000 euros, deux assurances aux cotisations différentes donnent deux taux très éloignés.
| Ligne comparée | Offre A | Offre B |
|---|---|---|
| Cotisation mensuelle | 70,83 € | 25,00 € |
| TAEG avec assurance | 3,7938 % | 3,4419 % |
| TAEA | 0,5465 % | 0,1946 % |
| Coût sur 8 ans | 6 800 € | 2 400 € |
| Coût sur la durée totale | 21 250 € | 7 500 € |
L’écart entre les deux offres atteint 0,35 point. Traduit en euros sur la durée du prêt, cet écart vaut donc 13 750 euros.
La valeur exacte d’un dixième de point
Le calcul se fait à l’envers. Je cherche d’abord la cotisation mensuelle qui produit exactement 0,10 point sur ce prêt. Elle ressort alors à 12,82 euros par mois, soit 3 845,51 euros sur les 300 mensualités.
Le même exercice sur vingt ans donne ensuite un autre chiffre. La cotisation qui produit 0,10 point vaut alors 12,31 euros par mois, soit 2 954,10 euros au total.
Un dixième de point pèse donc moins lourd sur une durée courte. Le taux reste identique, mais la période pendant laquelle il court est plus brève. Compare donc deux assurances sur des prêts de même durée. La durée se discute d’ailleurs au même titre que le taux, comme je l’explique dans mon article sur la négociation d’un prêt immobilier.
Sur ce prêt, plus de trois dixièmes de point séparent l’offre la plus chère de la plus économique. Cet écart vaut 13 750 euros, et personne ne te l’annonce à l’oral.
Deux assurances au même prix, deux taux différents
Le calcul actualise les flux, puisqu’il emploie la méthode du TAEG. Autrement dit, un euro versé la première année pèse plus lourd qu’un euro versé la vingt-cinquième. Le calendrier de paiement compte donc autant que le montant total.
Deux contrats coûtant la même somme sur la durée du prêt affichent alors deux taux distincts. Le contrat C prélève par exemple une cotisation constante de 29,56 euros par mois. Le contrat D applique en revanche 0,25 % par an au capital restant dû. Sa cotisation vaut 52,08 euros le premier mois, puis elle décroît à chaque échéance.
| Ligne comparée | Contrat C, cotisation constante | Contrat D, cotisation sur capital restant dû |
|---|---|---|
| Cotisation du 1er mois | 29,56 € | 52,08 € |
| Coût sur 8 ans | 2 837,73 € | 4 436,14 € |
| Coût sur la durée totale | 8 867,91 € | 8 867,91 € |
| TAEA | 0,23 % | 0,26 % |
Le contrat D coûte la même somme, à quelques centimes d’arrondi près. Son taux est pourtant supérieur, car il concentre les versements sur les premières années. Les contrats se départagent donc aussi sur le calendrier, pas seulement sur la somme.
Cette différence n’est pas théorique. Sur huit ans, le contrat D t’a déjà coûté 1 598 euros de plus que le contrat C. Or peu d’emprunteurs vont au terme de leur prêt. Une revente, un remboursement anticipé ou une renégociation arrêtent le prêt avant son terme. Lis donc les deux colonnes de ta fiche, jamais le seul total.
Les trois angles morts de ce taux
Le TAEA permet de comparer les offres, mais seulement à périmètre égal. Trois éléments sortent de son calcul et changent pourtant tout.
Les garanties couvertes sortent du taux. L’article R314-13 du code de la consommation impose que le taux soit accompagné de la mention des garanties dont il intègre le coût. Un chiffre bas sur une couverture réduite ne se compare donc pas à un chiffre plus élevé sur une couverture large. Lis cette liste avant le pourcentage.
La quotité assurée sort du taux. L’article R314-12 pose le calcul sur l’assurance telle qu’elle est proposée, en supposant que le prêteur l’exige intégralement. Le taux ne dit donc rien de la quotité retenue. Deux devis bâtis sur des répartitions différentes entre deux emprunteurs affichent des chiffres d’apparence comparable, pour des protections différentes. Ce sujet appartient au choix de la couverture, que je traite dans mon guide sur comment s’assurer pour un prêt immobilier.
La durée et le montant du prêt sortent du taux. Le TAEA est rapporté au crédit, donc il varie avec sa durée. Un même contrat d’assurance affiche ainsi un chiffre différent selon que le prêt court sur quinze ou vingt-cinq ans. C’est pour cette raison que le montant en euros reste l’arbitre final entre deux offres.
Une quatrième dimension existe, mais elle vient après la signature. La loi Lemoine autorise ainsi la résiliation à tout moment. Le calcul de l’économie associée se trouve dans mon article sur la loi Lemoine appliquée à l’assurance emprunteur.
Ce que tu vérifies avant de signer ton offre de prêt
Sors d’abord la fiche standardisée d’information et l’offre de prêt, puis reprends ces cinq points dans l’ordre. Chacun se traite en quelques minutes.
-
Repère le taux sur la fiche standardisée d’information. Il est exprimé en pourcentage annuel. S’il n’y figure pas, réclame-le : l’article L313-8 le rend obligatoire sur tout document remis avant l’offre qui chiffre l’assurance proposée par la banque.
-
Note les deux montants en euros. Le premier décrit ta dépense si tu revends ou renégocies. Le second décrit ta dépense si tu vas au bout du prêt.
-
Lis la liste des garanties qui accompagne le taux : décès, invalidité, incapacité de travail, perte d’emploi. Le périmètre couvert explique alors une bonne partie de l’écart de prix entre deux devis.
-
Vérifie la quotité assurée sur chaque emprunteur. Une couverture répartie entre deux têtes ne protège pas comme une couverture pleine sur chacune. Compare donc des quotités identiques, sinon la comparaison ne veut rien dire.
-
Refais la soustraction toi-même. Demande le TAEG avec assurance, puis le TAEG sans assurance. L’écart entre les deux est ton TAEA. Un chiffre qui ne tombe pas juste mérite une explication écrite.
Ce réflexe de vérification définit le frugalisme tel que je le pratique. Tu ne délègues à personne la lecture de tes propres contrats. Mes astuces pour devenir frugaliste donnent les gestes de base. La question du courtier ou de la banque en direct se pose ensuite, une fois ces chiffres en main.
TAEA : les questions fréquentes
Le TAEA s'ajoute-t-il au TAEG de mon crédit ?
Non. Le TAEA est la part du TAEG qui vient de l'assurance, pas un coût supplémentaire. L'article R314-12 du code de la consommation pose une soustraction. Il retranche le TAEG sans aucune assurance du TAEG avec assurance entièrement exigée. Prends un prêt au TAEG de 3,79 %, avec un TAEA de 0,55 %. Le crédit seul coûte alors 3,24 %, et l'assurance 0,55 point.
Un TAEA de 0,20 %, est-ce un bon chiffre ?
Le taux seul ne permet pas de répondre. Il se lit avec trois informations : la durée du prêt, la liste des garanties couvertes et la quotité assurée sur chaque emprunteur. Convertis-le en euros avant de comparer. L'article L313-8 du code de la consommation oblige le prêteur à afficher ce coût en euros. Compare ces montants, pas les pourcentages.
Où trouver le TAEA dans mes documents de prêt ?
Sur la fiche standardisée d'information, remise dès la première simulation d'assurance selon l'article L313-10 du code de la consommation. L'article L313-8 impose en plus ce taux sur tout document remis avant l'offre de prêt qui chiffre l'assurance proposée par le prêteur. Dans l'offre elle-même, l'article L313-25 impose enfin l'évaluation du coût des assurances exigées.
Pourquoi la fiche affiche-t-elle un coût sur huit ans ?
Parce que l'article L313-8 du code de la consommation impose deux horizons : le montant total dû au titre de l'assurance sur une durée de huit ans, et ce même montant sur la durée totale du prêt. Les deux chiffres servent à des situations différentes. Si tu revends ou renégocies avant le terme, l'horizon de huit ans décrit donc mieux ta dépense réelle.
Deux assurances au même prix peuvent-elles avoir un taux différent ?
Oui. Le calcul emploie la méthode du TAEG, qui actualise les flux. Un euro versé la première année pèse plus lourd qu'un euro versé la vingt-cinquième. Prends un prêt de 250 000 euros à 3,20 % sur vingt-cinq ans. Deux contrats coûtant chacun 8 867,91 euros affichent 0,23 % et 0,26 %. L'écart vient du mode de cotisation, constante ou calculée sur le capital restant dû.
Le TAEA existe-t-il aussi sur un crédit à la consommation ?
Oui. L'article R314-11 du code de la consommation applique la même soustraction au crédit à la consommation, et l'article R314-12 au crédit immobilier. Les deux règles viennent du décret n° 2014-1190 du 15 octobre 2014, applicable depuis le 1er janvier 2015. Le décret n° 2016-884 du 29 juin 2016 les a recodifiées à droit constant. L'article R314-14 écarte en revanche la location-vente et la location avec option d'achat.