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Retraite au Portugal en 2026 : le calcul net en poche

Retraite au Portugal : sur 2 200 € de pension, le fisc prend 17,9 % contre 10,8 % en France. Barème IRS 2026, cotisation maladie, S1 et certificat de vie

L'essentiel

Retraite au Portugal : un retraité français en transat sur une terrasse d’azulejos, sous un parasol fabriqué avec des feuilles de formulaires fiscaux

Sommaire et méthode

Dans cet article

Le projet de budget pour 2027 doit être déposé au plus tard le premier mardi d’octobre, et ce qui circule depuis fin août vise directement les retraités. La sous-indexation des pensions les plus élevées n’est déjà plus une piste : elle est votée dans la dernière loi de financement de la sécurité sociale, sur la période 2027-2030. L’abattement de 10 % deviendrait un forfait de 2 000 €. La majoration de 10 % pour trois enfants se transformerait en un forfait de 125 € par mois, sur proposition d’un rapport de l’Inspection générale des finances. Le réflexe qui suit arrive dans ma boîte mail chaque année à la même période, et il vient surtout de retraités qui n’ont pas encore bougé : je pars au Portugal. Sauf que le Portugal fiscalement avantageux, c’est un slogan de 2015. En 2026, le calcul se fait dans l’autre sens, et personne en tête des résultats ne le pose. Voilà pourquoi les avantages fiscaux ne devraient plus figurer dans ta colonne des raisons de partir à la retraite ailleurs.

Passer sa retraite au Portugal partage ta pension entre deux fiscs

La convention fiscale entre la France et le Portugal date du 14 janvier 1971 et a été modifiée par un avenant signé à Lisbonne en 2016. Elle répartit ta pension entre deux fiscs, et tu ne choisis ni la ligne de partage ni le côté.

Son article 19 pose que les pensions privées versées au titre d’un emploi antérieur ne sont imposables que dans l’État où tu résides. Ta pension de vieillesse du régime général et ta complémentaire Agirc-Arrco basculent donc au fisc portugais dès que ta résidence fiscale a bougé. Son article 20 réserve à l’État qui paie l’imposition sur les pensions publiques : une pension de fonctionnaire, de militaire ou d’agent territorial reste rattachée au régime français et prélevée à la source selon un barème à trois tranches de 0, 12 et 20 %. L’exception vaut d’être connue : elle tombe si le bénéficiaire réside au Portugal et en possède la nationalité, que la nationalité française ait été conservée ou non.

Deux détails changent le résultat final. Les fractions prélevées à 0 et 12 % sont libératoires, donc une part publique modeste sort définitivement du circuit fiscal français une fois retenue à la source. Le Portugal, lui, fait entrer cette part dans ton revenu imposable, puis t’accorde un crédit d’impôt égal à l’impôt français déjà payé, plafonné. Une pension de fonctionnaire modeste tire donc vers le haut le taux appliqué à ta part privée, même si elle ne coûte presque rien en impôt portugais. Une carrière mixte se retrouve répartie entre deux administrations, avec une déclaration de chaque côté.

Ce que le Portugal prend sur 1 400, 2 200 et 3 500 € de retraite

Le régime qui taxait les pensions étrangères des retraités étrangers à 10 % est fermé aux nouveaux arrivants depuis le 1er janvier 2024, et son remplaçant les exclut expressément. J’ai détaillé cette bascule dans mon article sur le coût de la vie au Portugal. Traduite en euros sur un relevé, elle donne ceci.

Les calculs qui suivent portent sur un célibataire de 68 ans, carrière entièrement privée, installé au Portugal continental, sans autre ressource. J’ai retenu une complémentaire représentant 40 % du total, hypothèse qui pèse sur la cotisation maladie et que tu dois adapter à ton propre relevé.

Brut annuelCharge au PortugalCharge en FranceNet perdu
16 800 € (1 400 €/mois)2 255 € soit 13,4 %722 € soit 4,3 %128 €/mois
26 400 € (2 200 €/mois)4 731 € soit 17,9 %2 840 € soit 10,8 %158 €/mois
42 000 € (3 500 €/mois)10 359 € soit 24,7 %7 597 € soit 18,1 %230 €/mois

Regarde la première ligne, c’est celle qui contredit tout ce qui se raconte. Une petite pension supporte 13,4 % de prélèvements au Portugal contre 4,3 % en France, soit plus de neuf points d’écart, le plus large des trois. La raison tient en deux mécanismes français que le départ fait sauter : la décote annule l’impôt sur le revenu, et le taux réduit de CSG s’applique tant que le revenu fiscal reste sous le seuil. Le barème portugais, lui, taxe à 12,5 % dès le premier euro imposable, avec une déduction spécifique de 4 587 € pour la catégorie des pensions, et un plancher d’exonération à 12 880 € qui ne protège que les toutes petites retraites. C’est l’inverse exact de ce que promettent les pages qui vantent encore la retraite au soleil.

Ce qu’il reste chaque mois après impôt et cotisations, France contre Portugal Net mensuel réellement encaissé Brut 1 400 € 1 340 € France 1 212 € Portugal Brut 2 200 € 1 963 € France 1 806 € Portugal Brut 3 500 € 2 867 € France 2 637 € Portugal Célibataire de 68 ans, carrière privée, Portugal continental
Barèmes officiels des deux pays en vigueur cette année, cotisation maladie des non-résidents comprise

Le décrochage ne se referme jamais quand le montant monte. À 3 500 € brut, le Portugal prend encore près de sept points supplémentaires. Sa tranche marginale à 34,9 % démarre à 29 397 € de revenu imposable, quand la tranche marginale française en est encore à 11 % au même niveau, sa tranche à 30 % ne démarrant qu’à 29 579 €. L’écart de taux effectif, lui, reste de près de sept points. Un couple de retraités inverse en partie ce constat, parce que le Portugal autorise le quotient conjugal.

Les prélèvements sociaux ne disparaissent pas, ils changent de nom

Voilà la ligne que les comparatifs oublient systématiquement, et elle vaut plusieurs centaines d’euros par an.

Dès que ton domicile fiscal quitte la France, la CSG, la CRDS et la CASA cessent d’être dues sur ta pension. C’est un vrai gain, entre 4,3 et 9,1 % selon ton revenu fiscal. À la place apparaît une cotisation d’assurance maladie de 3,2 % sur la pension de base et 4,2 % sur la complémentaire, prévue par l’article L131-9 du code de la sécurité sociale. Tu restes affilié à la sécurité sociale française, et c’est précisément parce que la France finance ta santé qu’elle prélève.

Une exonération existe, mais elle suppose de percevoir une pension du pays où tu résides. Un Français qui s’installe au Portugal sans y avoir jamais cotisé ne remplira jamais cette condition. Le gain net sur les prélèvements sociaux est donc de deux à cinq points, pas de neuf. Une alternative existe pour qui n’ouvre pas de droits locaux : l’adhésion à la Caisse des Français de l’étranger, payante et cumulable.

Le passeport administratif, dans l’ordre où il se joue

Beaucoup de pages te vendent la difficulté du visa. Pour un Français, ce sujet n’existe pas.

Aucun visa, mais un enregistrement dans les trente jours

Séjourner légalement au Portugal ne demande aucun titre de séjour à un citoyen de l’Union. Au-delà de trois mois de présence, tu disposes de trente jours pour demander le certificat d’enregistrement de citoyen de l’Union à la Câmara Municipal de ta commune, contre une pièce d’identité et une déclaration sur l’honneur attestant des ressources suffisantes et d’une couverture maladie. Aucun montant plancher n’est fixé. C’est la seule des démarches administratives qui conditionne ton droit au séjour. Compte 15 € en ligne et 18 € au guichet, un mois d’émission annoncé, et une validité de cinq ans.

Le fameux visa D7, lui, ne concerne que les candidats venus de pays tiers. Il s’appuie sur le salaire minimum mensuel portugais, fixé à 920 € pour 2026, majoré de 50 % pour un second adulte et de 30 % par enfant à charge. Le seuil annuel de 11 040 € que recopient plusieurs pages n’est écrit nulle part dans la documentation consulaire : c’est une extrapolation. Si tu lis un article qui te demande de justifier un revenu passif pour t’installer, il ne s’adresse pas à toi.

Le certificat de vie, la formalité qui coupe les versements

C’est elle qui provoque les vrais accidents, et elle n’a rien de fiscal. Chaque année, tu dois prouver que tu es en vie pour continuer à être payé. Depuis la mutualisation, un seul justificatif d’existence suffit pour toutes tes caisses, à déposer sur ton compte retraite en ligne, avec une validation par reconnaissance faciale depuis un téléphone.

Deux délais coexistent, et personne ne le dit. L’Assurance retraite t’accorde deux mois pour renvoyer le document. Le code de la sécurité sociale, lui, autorise la suspension du versement dès un mois après la date indiquée. La marge est une pratique administrative, pas un droit : traite l’échéance comme si elle tombait à trente jours.

Ce que le formulaire S1 ouvre, et ce que le CNAREFE ne fait pas

Le S1 se demande à ta caisse de retraite avant le départ, puis se dépose auprès de la sécurité sociale portugaise. Il t’inscrit au système de santé public local, le SNS, et la France rembourse le Portugal. Aucun texte ne fixe de délai d’instruction. La seule formulation officielle parle des meilleurs délais, ce qui rend la demande anticipée indispensable. Le S1 n’efface pas la cotisation maladie décrite plus haut. Il te laisse en revanche le droit de te faire soigner en France quand tu y reviens.

Le CNAREFE, que plusieurs guides présentent comme le passage obligé du retraité français résidant au Portugal, ne te concerne pas. Il est réservé aux pensionnés installés hors de l’Union européenne, de l’Espace économique européen et de la Suisse. Il n’a aucun rôle fiscal, contrairement à ce que laissent entendre les pages qui le citent à côté du prélèvement à la source. Deux autres démarches administratives complètent le dossier sans jamais le bloquer. Le numéro fiscal portugais, le NIF, se demande en personne au Serviço de Finanças. L’inscription au registre des Français établis hors de France est facultative, gratuite et valable cinq ans. Garde enfin un compte bancaire français ouvert tant que tes caisses y virent ta retraite.

Prendre sa retraite au Portugal en 2026 : le calendrier de la première année

C’est l’année du départ que tu rates le plus souvent, parce que deux fiscalités se chevauchent.

Tu restes imposable en France sur tous tes revenus jusqu’à la date du transfert. Après cette date, seuls tes revenus de source française le restent. Cela donne une déclaration française l’année suivante, puis une première déclaration au titre de ta résidence fiscale au Portugal au printemps de la deuxième année. Entre les deux, ta caisse continue souvent de prélever comme si tu vivais en France. Elle le fait tant que le service des impôts des particuliers non-résidents n’a pas enregistré ton changement d’adresse. Le trop-perçu se récupère, avec un décalage de trésorerie de plusieurs mois que personne ne t’annonce. Les règles générales de bascule, les 183 jours et la sortie du foyer fiscal, sont détaillées dans mon guide sur l’expatriation fiscale, et valent pour toute retraite à l’étranger, pas seulement pour ce pays.

Qui gagne encore à partir en 2026, et qui se trompe de raison

Le Portugal reste un bon calcul, mais plus jamais pour la raison que tout le monde invoque.

Le coût de la vie fait le travail que l’impôt ne fait plus

Vivre une retraite là-bas garde du sens pour qui vise un coût de la vie plus bas hors des zones littorales touristiques, un climat qui allège les factures d’hiver, et un pays classé parmi les plus sûrs d’Europe. Cela ne tient plus pour qui espère un gain fiscal : ce gain est mort avec l’ancien statut, et il est devenu négatif. Dans mon manuel d’expatriation, j’avais classé cette destination dans la catégorie des rêves qui se compliquent, et deux ans plus tard le chiffre le confirme. Une retraite au Portugal en 2026 se décide sur le loyer et le climat, pas sur le fisc.

La bascule est arithmétique. Si la baisse de tes dépenses courantes dépasse les 128 à 230 € chaque mois que l’impôt te prend en plus, tu gagnes. Sinon, tu paies pour du soleil. Pour poser ce calcul proprement, mon article sur la comparaison du coût de la vie entre deux villes évite le biais classique du comparatif de loyers. Et si tu hésites encore sur la destination, quitter la France pour quel pays pose les critères avant les chiffres. L’Espagne, elle, donne un résultat du même ordre mais par un chemin différent, que j’ai détaillé dans mon calcul sur la retraite en Espagne.

Ce que les retraités français sous-estiment le plus

Le poste que personne ne budgète, c’est le temps. Un retraité français installé là-bas tient deux dossiers à vie, un de chaque côté de la frontière. Chaque changement d’adresse, de banque ou de situation familiale se déclare en France et au Portugal. Les nouveaux retraités découvrent ce doublon le jour où une pension française atterrit sur un compte clos, ou quand un courrier de la sécurité sociale en France arrive après la date de réponse.

L’autre angle mort tient au calendrier. S’installer au Portugal en décembre pour toucher sa retraite française dès janvier suppose que le S1, le numéro fiscal et l’enregistrement soient déjà lancés. De nombreux retraités français ont entamé ces formalités une fois sur place. Ils ont passé leurs premiers mois sans aucune couverture locale.

Ce que coûte un retour trois ans plus tard

Le test que je recommande à tous ceux qui m’écrivent : chiffre le retour avant de chiffrer le départ.

Revenir suppose de reconstituer une couverture maladie française. Tu retombes sous la protection universelle, et si tes revenus d’activité sont nuls, ce qui est le cas d’un retraité, tu peux devenir redevable de la cotisation subsidiaire que je décris dans mon article sur la taxe PUMa. S’ajoutent le déménagement en sens inverse, la remise en location ou le rachat d’un logement sur un marché français qui n’a pas attendu, et la reprise d’un dossier fiscal en France avec une année blanche à justifier. Compter deux ans de l’économie espérée pour financer le retour est un ordre de grandeur prudent. Un aller-retour raté coûte plus cher que trois ans de fiscalité française.

Action à réaliser

Sors ton dernier relevé de pension de retraite et sépare trois lignes : le régime de base, la complémentaire, et une éventuelle part de fonction publique. Applique le barème portugais à la somme des deux premières après déduction de 4 587 €, ajoute 3,2 % sur la base et 4,2 % sur la complémentaire, puis compare au montant que tu paies aujourd’hui. Si l’écart mensuel dépasse ce que tu comptes économiser sur ton loyer et tes charges, le dossier est clos. Si tu prépares un départ plus large que le seul aspect fiscal, mon article sur la retraite anticipée et le capital nécessaire donne la méthode de dimensionnement, et l’ensemble de la démarche s’inscrit dans la logique du frugalisme : décider sur des chiffres, pas sur une brochure.

Questions fréquentes sur la retraite au Portugal

Je suis retraité de la fonction publique, le calcul change-t-il ?

Oui, entièrement. Ta pension reste imposable en France, prélevée à la source au barème des non-résidents. Tu ne bénéficies d’aucun barème portugais sur cette part, mais tu perds les abattements liés à la résidence française. Une exception change tout : si tu résides au Portugal et que tu en possèdes la nationalité, c’est lui qui impose, même si tu as gardé la nationalité française.

Et si j’ai à la fois une retraite du privé et une retraite publique ?

Les deux régimes s’appliquent en parallèle sur la même personne. La part privée est imposée au Portugal, la part publique en France, et tu déposes une déclaration dans chaque pays. C’est la configuration la plus lourde administrativement, et celle où une simulation ligne par ligne est indispensable.

Mon conjoint n’a aucun revenu propre, cela change-t-il le calcul ?

Il change nettement, et en ta faveur. Le Portugal permet aux couples mariés d’opter pour une imposition conjointe qui divise le revenu imposable par deux avant d’appliquer le barème. Sur un revenu unique de 3 500 € brut, cet effet peut renverser la comparaison présentée ici. Les trois profils chiffrés portent sur un célibataire.

Si je pars en octobre, où est-ce que je déclare pour cette année-là ?

Tu déclares dans les deux pays, mais pas sur les mêmes revenus. La France taxe tout ce que tu as perçu jusqu’à la date du transfert de domicile, puis seulement tes revenus de source française. Le Portugal ne te considère résident que pour la fraction d’année postérieure à ton installation. Garde la preuve de la date exacte, c’est elle qui arbitre en cas de contrôle.

À quel âge la retraite commence-t-elle au Portugal ?

L’âge normal d’accès à la pension de vieillesse portugaise est de 66 ans et 9 mois en 2026. Cette information ne te concerne que si tu as cotisé sur place. Un Français qui liquide ses droits en France et s’installe ensuite dépend uniquement des règles françaises d’âge et de durée d’assurance.

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