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Retraite en Espagne en 2026 : ce qu’il reste de ta pension

Retraite en Espagne : 17,6 % de prélèvements sur une pension de 24 000 €, contre 9,7 % en France. Barèmes 2026, santé S1, loyers hors côte

L'essentiel

Retraite en Espagne : un retraité français attablé à la terrasse d’un café de village, devant une pile de papiers administratifs servie dans un plat à paella

Sommaire et méthode

Dans cet article

Le chiffre que recopient les dix pages en tête de résultats est faux, et tu es concerné dès 1 400 € de pension mensuelle. Toutes annoncent une obligation de déclarer au-delà de 22 000 € par an. L’administration fiscale écrit l’inverse : quand le payeur d’une pension de retraite étrangère n’est pas soumis à retenue à la source, le seuil tombe à 15 876 €, soit 1 323 € par mois. Ta caisse française n’est pas soumise à cette retenue. Deux des pages les mieux classées annoncent même encore 14 000 €, un seuil abrogé.

Ce que la convention fiscale fait de ta retraite française

La convention fiscale du 10 octobre 1995 répartit le droit d’imposer entre les deux pays selon l’origine du versement de la pension, et règle du même coup la double imposition.

Son article 18 attribue les pensions de retraite du privé au seul État de résidence : ta base du régime général, ta complémentaire Agirc-Arrco et l’Ircantec du privé deviennent imposables en Espagne, et la France cesse de les imposer. Son article 19 fait l’inverse pour le secteur public, État, collectivités, hôpital, armée, magistrature, enseignement. Celles-là restent imposables en France, que tu vives à Limoges ou à Alicante.

Un détail piège les fonctionnaires. L’article 24 autorise l’Espagne à tenir compte de la part exonérée pour fixer le taux applicable au reste, ce que l’administration confirme dans sa notice sur les pensions provenant d’un autre pays : exonération, mais avec progressivité. Ce que l’État français te verse n’est pas taxé deux fois, mais sert à calculer le taux de tout le reste.

La mécanique générale qui décide de ta résidence fiscale ne dépend pas du pays choisi : je l’ai détaillée dans mon guide de l’expatriation fiscale.

L’impôt sur le revenu espagnol ne ressemble pas au français

Trois différences de structure font l’essentiel de l’écart, et aucune n’apparaît dans les guides d’agences immobilières.

Il n’existe pas de tranche à zéro. En France, tu ne payes rien jusqu’à 11 600 € de revenu imposable. Là-bas, le premier euro de base de calcul est taxé autour de 19 %, soit 9,5 % d’impôt d’État plus 9 à 9,5 % d’impôt régional. Le minimum personnel de 5 550 €, porté à 6 700 € après 65 ans, n’est pas un abattement : l’administration lui applique le barème, puis retranche le résultat de ton impôt. La majoration des plus de 65 ans vaut donc environ 218 € d’impôt économisé, pas 1 150 €.

Le barème est double. L’État fixe une échelle identique partout, et chaque communauté autonome vote la sienne. Le fameux 19 / 24 / 30 / 37 / 45 % que recopie la presse française est la somme des deux dans une région qui n’a rien voté. Comme je l’écris dans Barre-toi, mon manuel d’expatriation, chaque autonomie fonctionne en mini-pays avec ses règles propres. Ce minimum personnel se dédouble d’ailleurs lui aussi : la Communauté valencienne retient ses propres montants pour sa part d’impôt, 6 105 € portés à 7 370 € après 65 ans, pendant que l’État s’en tient à 6 700 €.

La réduction sur les revenus du travail s’éteint vite. L’article 20 de la loi espagnole sur l’impôt sur le revenu accorde jusqu’à 7 302 € de réduction, mais elle tombe à zéro dès 19 747,50 € de rendement net. Au-dessus de 1 800 € bruts mensuels elle ne sert plus à rien, et la quasi-totalité des candidats au départ à la retraite sont au-dessus.

Une erreur de taux circule aussi : plusieurs pages bien classées appliquent le barème 19 / 21 %, qui est celui de l’épargne. Ta pension relève du barème général, parce que le fisc espagnol la range parmi les revenus du travail et non parmi ceux de l’épargne.

Le seuil de déclaration que personne ne cite correctement

L’administration prévoit 22 000 € pour un payeur unique, et 15 876 € dans plusieurs cas particuliers. L’un d’eux vise le payeur non soumis à retenue, et une caisse française y entre exactement. Ajoute que presque tout le monde touche deux versements, base et complémentaire, ce qui mène au même seuil par un autre chemin. À partir de 1 323 € par mois, tu déposes donc une déclaration chaque année. Ce montant minimum vaut pour l’exercice 2025 et suit le salaire minimum interprofessionnel local, donc il bouge.

Copie ce prompt dans ton outil d’IA :

Ta retraite en Espagne, ce que l’impôt prend sur trois niveaux de pension

Les calculs qui suivent portent sur un célibataire de 68 ans résidant en Espagne, dans la Communauté valencienne. Il n’a aucune autre ressource et sa carrière est entièrement privée. Ils appliquent les barèmes officiels en vigueur entre la France et l’Espagne.

Brut annuelCharge en EspagneCharge en France
16 800 € (1 400 €/mois)693 € soit 4,1 %722 € soit 4,3 %
24 000 € (2 000 €/mois)4 231 € soit 17,6 %2 332 € soit 9,7 %
42 000 € (3 500 €/mois)10 675 € soit 25,4 %7 597 € soit 18,1 %

Le décrochage se produit entre la première et la deuxième ligne, et ne se referme jamais ensuite. À 1 400 € par mois, les deux pays se valent : la réduction locale joue à plein, et côté français la décote annule l’impôt. Dès 2 000 € par mois, cette réduction a disparu, la tranche française à 0 % protège toujours 11 600 € de revenu, et l’Espagne prend près du double. À 3 500 € par mois, elle prend encore 7 points de plus. Aucun point de bascule n’apparaît quand le montant de la retraite monte, contrairement à ce qu’avancent plusieurs pages en tête de résultats.

Part du brut prise par l’impôt et les cotisations, Espagne contre France Part du brut prise par l’impôt et les cotisations 1 400 €/mois 4,1 % Espagne 4,3 % France 2 000 €/mois 17,6 % Espagne 9,7 % France 3 500 €/mois 25,4 % Espagne 18,1 % France Célibataire de 68 ans, carrière privée, Communauté valencienne
Calcul appliqué aux barèmes 2026 des deux pays, cotisation maladie française comprise

Une ligne manque dans tous les comparatifs : la cotisation maladie. La CSG, la CRDS et la CASA disparaissent bien au départ, soit 7,4 à 9,1 % selon ton revenu fiscal. À la place apparaît une cotisation d’assurance maladie de 3,2 % sur la base et de 4,2 % sur la complémentaire. L’Agirc-Arrco précise que l’exonération européenne existe, mais uniquement si tu perçois une pension de ton pays de résidence. Un Français qui s’installe sans jamais y cotiser ne remplira jamais cette condition, et paiera donc à vie. Le gain réel sur les prélèvements sociaux est de 4 à 5 points, pas de 9.

La maison restée en France te coûte un impôt espagnol

Aucune des dix pages en tête de résultats ne mentionne ce point, et c’est celui qui coûte le plus cher aux propriétaires.

Dès que tu deviens résident fiscal là-bas, un bien immobilier qui n’est ni ta résidence principale ni loué produit un revenu imposable fictif, l’imputation de revenus immobiliers. Pour un bien hors du pays, donc sans valeur cadastrale locale, la règle est de 1,1 % appliqué à la moitié du prix d’acquisition. Aucune charge n’est déductible.

La maison de famille achetée 250 000 € et laissée vide génère ainsi 1 375 € de revenu imputé par an. À un taux marginal de 30 %, cela fait environ 410 € d’impôt annuel pour un bien qui ne rapporte pas un centime. Le même bien, s’il dépasse 50 000 €, déclenche aussi la déclaration des avoirs détenus à l’étranger.

Les deux impôts qui visent le patrimoine

L’impôt sur la fortune s’applique au-delà de 700 000 € de patrimoine net, avec 300 000 € d’exonération sur la résidence principale, même si plusieurs communautés le neutralisent par une bonification. L’impôt de solidarité sur les grandes fortunes frappe au-delà de 3 millions d’euros et reste bien vivant en 2026, malgré son nom de mesure temporaire. Le permis de séjour par investissement immobilier de 500 000 €, lui, a disparu le 3 avril 2025.

Le système de santé, le S1 et la cotisation qui reste

Un retraité français qui ne travaille pas sur place relève encore de la sécurité sociale française pour ses soins. Le mécanisme s’appelle le formulaire S1, il se demande à ta caisse de base, et le système de sécurité sociale local t’inscrit sur présentation de ce document. La couverture obtenue est la couverture publique du pays, ni plus ni moins.

C’est ici que la boucle se ferme. Si la France reste l’État qui paie tes soins, c’est parce qu’elle continue de prélever la cotisation maladie sur ce qu’elle te verse. Le S1 et cette cotisation sont les deux faces de la même pièce, et aucun des guides que j’ai lus ne fait ce lien.

Ce que le S1 ne couvre pas

Le système de santé public espagnol laisse largement de côté le dentaire adulte et l’optique. Il applique aussi un ticket modérateur sur les médicaments, dont les plafonds ont été revus le 14 mai 2026 : 8,23 € par mois sous 18 000 € de revenu annuel, 13,37 € entre 18 000 et 60 000 €, 18,52 € entre 60 000 et 100 000 €. Prévois donc un budget à part.

Si tu pars avant d’avoir liquidé tes droits à la retraite, ou si ton conjoint n’a pas de droits propres, le S1 ne s’applique pas. Reste la convention spéciale, ouverte après un an de résidence effective, à 60 € par mois avant 65 ans et 157 € après, pharmacie non comprise.

Le loyer, l’intérieur contre la côte

Le pays moyen n’existe pas, et vivre en Espagne ne veut rien dire tant qu’une ville n’est pas nommée. En août 2026, la moyenne nationale des loyers s’établit à 15,1 € le mètre carré selon idealista, en hausse de 5,8 % sur un an. Voici ce que ça donne province par province au même relevé.

ProvinceLoyer au m² en août 2026
Jaén7,0 €
Ciudad Real7,6 €
Cáceres7,8 €
Málaga18,7 €
Madrid21,5 €

Pour un logement de 80 m², l’ordre de grandeur va de 560 € par mois dans la province de Jaén à 1 496 € dans celle de Málaga. Un loyer réel n’est jamais strictement proportionnel à la surface, donc prends ces montants comme un repère. C’est l’arbitrage central pour qui veut prendre sa retraite en Espagne : la côte coûte plus du double de l’intérieur, à confort équivalent. La retraite au soleil vendue en brochure est une retraite sur le littoral, donc la version chère.

L’écart avec la côte se referme

Deux signaux tempèrent l’enthousiasme. L’écart se resserre vite. Sur le relevé de février 2026 des capitales de province, Ciudad Real a pris 16,6 % en un an et Jaén 10 %. Le loyer national, mesuré lui sur les provinces en août, montait de 5,8 % sur la même durée. Les deux séries ne se superposent pas, mais elles pointent dans le même sens : l’intérieur rattrape la côte par le haut.

Et l’inflation est repassée devant la française. En août 2026, l’institut statistique espagnol annonce 4,3 % sur un an, l’Insee annonce 2,4 % le même jour. Le pays vendu pour son coût de la vie abordable est celui où les prix montent le plus vite.

L’avantage de niveau reste réel : sur l’indice Eurostat 2024, l’Espagne affiche 97 contre 123 pour la France sur le logement, l’eau et l’énergie, et 87 contre 109 sur les transports, deux chiffres détaillés dans quitter la France, pour quel pays. Le Portugal obéit à la même règle de l’intérieur moins cher que la côte, avec une fiscalité différente : j’ai chiffré son coût de la vie ville par ville et le net en poche d’une retraite au Portugal. Et pour arbitrer entre deux villes plutôt qu’entre deux pays, la méthode est dans comment comparer le coût de la vie entre deux villes.

Non, tu ne toucheras pas de retraite espagnole

La moitié des pages qui sortent sur cette requête décrivent le système de retraite espagnol, celui des habitants, pas la situation d’un Français qui s’installe.

Ce régime de retraite exige au moins 15 ans de cotisation, dont deux dans les quinze dernières années, pour ouvrir un droit à une pension. L’âge légal y monte par paliers : 66 ans et 10 mois en 2026, puis 67 ans à partir de 2027.

Une carrière longue n’y ouvre pas un départ anticipé comme en France. Elle abaisse l’âge lui-même. Tu peux donc partir à la retraite à 65 ans en justifiant de 38 ans et 3 mois cotisés en 2026, et de 38 ans et 6 mois en 2027. Le taux plein reste très loin du minimum d’ouverture : 15 ans donnent 50 % de la base de calcul. Il faut 36 ans et 6 mois de cotisation en 2026, puis 37 ans, pour toucher 100 % une fois atteint l’âge légal. Le montant de la pension moyenne servie par la sécurité sociale espagnole atteignait 1 574,9 € par mois en août 2026.

Rien de tout cela ne te concerne si tu n’as jamais travaillé sur place. Tu continues de percevoir ta retraite française, versée par tes caisses françaises, sur le compte de ton choix. Ton conjoint survivant relèvera de la pension de réversion française, pas du dispositif de veuvage local.

La retraite en Espagne, pour qui c’est un gain et pour qui c’est un piège

Le pays reste le premier choix des retraités français : 248 101 pensionnés d’un régime français y résidaient en 2025, d’après une réponse du gouvernement au Sénat publiée en juin 2026. Ce n’est pas pour autant le bon calcul pour tout le monde.

C’est un gain quand ton loyer français est élevé, que tu vises l’intérieur et pas la côte, que ton revenu reste sous 1 500 € par mois et que tu n’as pas gardé d’immobilier en France. La fiscalité est alors neutre, le logement fait la différence, et la proximité avec la France permet de rentrer par la route en cas de coup dur familial.

C’est un piège dans quatre cas. Le retraité de la fonction publique ne gagne rien, puisque l’État français continue de l’imposer et que l’Espagne s’en sert pour calculer le taux du reste. Le propriétaire qui garde sa maison paie un impôt annuel sur un revenu qu’il ne perçoit pas. Le patrimoine au-dessus de 700 000 € entre dans un impôt sur la fortune que la France a supprimé en 2018. Et celui qui compte sur la disparition de la CSG comme sur un gain de neuf points n’en récupère que la moitié.

Reste le calendrier français, puisque la question revient partout. Le gouvernement a laissé filtrer en août 2026 une piste de sous-indexation au-dessus d’un seuil situé entre 2 000 et 3 000 € bruts, pour le budget 2027 présenté le 30 septembre. Rien n’est voté, rien n’est même arbitré, et un départ en Espagne ne se décide pas sur une fuite de presse.

Le réflexe reste celui de n’importe quel frugaliste : calculer le montant avant de signer. Le dimensionnement d’un budget de départ vaut pour toute retraite anticipée, et le reste relève des mêmes arbitrages que ceux du frugaliste qui optimise ses dépenses. Un retour en France rouvre un dossier distinct, celui de la taxe PUMa.

Action à réaliser

Prends les démarches dans cet ordre, parce que chacune conditionne la suivante et qu’une inversion coûte des mois.

  1. Demande ton numéro d’identification d’étranger, le NIE, auprès d’un consulat depuis la France. Sans lui, tu n’obtiens ni bail, ni compte bancaire, ni contrat d’assurance.
  2. Fais ta demande de retraite et réclame le formulaire S1 à ta caisse de base avant le départ, pas après.
  3. Dans les trois premiers mois sur place, dépose ta demande de certificat d’enregistrement de citoyen européen.
  4. Fais-toi inscrire au registre municipal, l’empadronamiento, puis présente ton S1 pour obtenir ta carte de santé régionale.
  5. Envoie ton certificat de résidence fiscale à toutes tes caisses françaises. Sans ce papier, la CSG continue d’être prélevée et tu devras en demander le remboursement.

Ces démarches administratives posent un problème connu : l’inscription municipale réclame un justificatif de domicile que tu n’as pas encore, et le bail réclame le NIE. La sortie consiste à obtenir le NIE depuis la France, avant même de chercher un logement.

Questions fréquentes

Ma complémentaire Agirc-Arrco compte-t-elle comme un second payeur pour le seuil de déclaration ?

Oui, dès qu’elle dépasse 1 500 € par an. Deux caisses françaises font deux payeurs, ce qui abaisse le seuil à 15 876 €. Le motif du payeur non soumis à retenue mène de toute façon au même montant avec une seule caisse.

Je touche une retraite du privé et une retraite de fonctionnaire : comment se partagent-elles ?

Elles se partagent en deux blocs indépendants. Le bloc privé est imposé sur place au barème espagnol, le bloc public reste imposé en France. Demande chaque année le calcul au taux moyen : à défaut, un taux minimum de 20 % s’applique aux revenus de source française d’un non-résident.

Mon conjoint sans droits propres est-il couvert par mon S1 ?

Les ayants droit sont déterminés selon la législation du pays de résidence, et la couverture n’est pas automatique par le seul fait du mariage : elle se fait reconnaître à l’inscription. En cas de refus, la convention spéciale reste ouverte après un an de résidence, à 60 € par mois avant 65 ans.

Que devient ma mutuelle française une fois installé ?

Elle ne suit pas automatiquement. La plupart des contrats français remboursent en complément du régime français, or c’est le système public local qui te rembourse désormais en premier. Vérifie la clause de territorialité avant de partir, et compare avec une assurance locale sur le dentaire et l’optique, les deux postes les moins bien couverts.

L’appartement que je loue en France est-il imposé sur place ?

Le loyer reste imposable en France, la convention attribuant les revenus immobiliers au pays où se situe le bien. L’Espagne peut néanmoins en tenir compte pour fixer ton taux. Un bien loué échappe en revanche à l’imputation de revenus immobiliers, qui ne vise que les logements vides.

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